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Histoire et patrimoine

Maison de la Reconstruction : retrouver son histoire et ses plans

À Villers-Bocage, une maison de la Reconstruction se reconnaît rarement à un seul détail.

Maison de la Reconstruction : retrouver son histoire et ses plans

Maison de la Reconstruction: retrouver son histoire et ses plans

C’est plutôt l’accord entre une façade régulière, une implantation sur une parcelle remaniée, une distribution intérieure rationnelle et, parfois, un numéro d’îlot qui révèle son origine. Derrière un enduit, une baie ou une porte cochère, il existe souvent une histoire administrative et architecturale plus précise qu’on ne l’imagine.

Pour retrouver les plans de votre maison après-guerre, il faut cependant se garder d’une confusion fréquente: les archives de la Reconstruction ne forment pas un dossier unique, immédiatement disponible en ligne. Elles sont réparties entre plusieurs ensembles documentaires, conservés pour l’essentiel aux Archives départementales du Calvados. Le travail consiste donc à partir du bâtiment visible aujourd’hui, puis à remonter méthodiquement vers la parcelle, l’îlot, le propriétaire sinistré, l’architecte et les décisions qui ont fixé la forme de la ville.

La recherche historique d’une maison de la Reconstruction à Villers-Bocage est ainsi une enquête de terrain autant qu’une consultation d’archives. Nous avançons par repères: une rue, une façade, un alignement, une date, une cote. Chaque indice réduit progressivement l’écart entre la maison actuelle et le projet établi au lendemain des destructions de 1944.

L’héritage architectural de la Reconstruction à Villers-Bocage

La ville que nous parcourons aujourd’hui est le résultat d’un long chantier, commencé après la guerre et officiellement achevé en 1960. La définition du plan d’urbanisme intervient en 1947. Le 7 mars 1948, la première pierre de la reconstruction est posée rue Pasteur, dans l’îlot A. Les premiers logements reconstruits sont remis en 1949, mais la transformation de la commune se poursuit encore pendant plus d’une décennie.

Cette chronologie est essentielle pour comprendre le patrimoine bâti de Villers-Bocage. Une maison reconstruite n’est pas seulement un bâtiment datant des années 1950. Elle appartient à une opération collective qui a redessiné les rues, regroupé certaines propriétés, réglé les questions de voirie et organisé la répartition des dommages de guerre. Sa forme dépend donc à la fois de l’histoire de la parcelle et des choix généraux du plan de reconstruction.

Le terme même de « Reconstruction » recouvre une architecture plus diverse qu’on ne le croit. À Villers-Bocage, les bâtiments ne sont pas nécessairement identiques, même lorsqu’ils appartiennent à un même îlot. Les plans tiennent compte de la largeur de la rue, de la profondeur de la parcelle, de la fonction du bâtiment et de la situation du propriétaire. Une maison d’habitation, un commerce, un atelier ou un immeuble mixte ne répondent pas aux mêmes contraintes.

La façade peut néanmoins livrer plusieurs indices:

  • une composition régulière, souvent organisée autour d’un axe vertical ou d’un rythme répété de baies;
  • des ouvertures plus larges au rez-de-chaussée lorsqu’un commerce était prévu;
  • une séparation nette entre le socle, les niveaux d’habitation et la couverture;
  • des matériaux et des détails plus sobres que ceux d’une maison à colombages traditionnelle;
  • une implantation alignée sur la rue, parfois différente de celle du bâti antérieur;
  • une volumétrie conçue pour participer à un ensemble urbain plutôt que pour exprimer une individualité isolée.

Il ne faut pas en déduire que toute maison régulière du centre de Villers-Bocage relève automatiquement d’un seul modèle architectural. La Reconstruction normande associe des principes communs et des adaptations locales. L’observation de la façade donne une première orientation; elle ne remplace pas la consultation des plans, des dossiers d’îlot ou des permis de construire.

Une maison de la Reconstruction se lit à deux échelles: celle de sa façade et celle de l’îlot qui l’a rendue possible.

Le rôle de Pierre Dureuil permet également de replacer cette architecture dans une organisation professionnelle précise. Né en 1896 et décédé en 1985, il fut architecte en chef de la reconstruction à Villers-Bocage, mais aussi à Falaise et à Noyers-Bocage. Les archives de son cabinet, partagées avec Léon Rême, sont conservées aux Archives du Calvados sous la cote 86J. Cette cote ne constitue pas nécessairement le dossier complet de chaque maison; elle donne accès au fonds d’architectes qui permet de comprendre la conception et le suivi de certains projets.

La mairie inaugurée le 8 juillet 1960 par le Général de Gaulle marque l’achèvement officiel de la reconstruction. Cette date ne signifie pas que chaque bâtiment visible aujourd’hui a été construit exactement au même moment. Elle donne plutôt le point d’aboutissement institutionnel d’un processus commencé en 1947, après les destructions de 1944, et conduit par étapes successives.

Explorer les fonds des Archives départementales du Calvados

Pour retrouver l’histoire d’une maison, le premier réflexe est souvent de chercher son adresse dans un moteur de recherche. Cette méthode atteint vite ses limites. Les documents de la Reconstruction ont été classés selon des logiques administratives: îlots, unités de chantier, dommages de guerre, permis de construire, plans d’aménagement, associations de propriétaires. L’adresse actuelle n’est donc pas toujours la clé d’entrée la plus directe.

Il faut d’abord constituer une fiche de repérage simple, à partir de ce que nous pouvons observer sur place et de ce que la famille ou les anciens propriétaires savent encore. Elle peut contenir:

  • l’adresse actuelle et les éventuels anciens numéros;
  • le nom des propriétaires connus après 1944;
  • la fonction du bâtiment: logement, commerce, atelier, immeuble mixte;
  • la présence d’une cour, d’une dépendance ou d’un accès latéral;
  • les transformations visibles: extension, fermeture d’une terrasse, remplacement des fenêtres, modification de la vitrine;
  • les dates inscrites sur des documents familiaux, des actes ou des photographies;
  • les bâtiments voisins qui semblent appartenir à la même campagne de reconstruction.

Cette préparation évite de demander aux archives une recherche trop vague. « Je voudrais les plans de cette maison » est une demande compréhensible, mais elle doit être précisée autant que possible: quelle parcelle, quel propriétaire, quel îlot, quelle période, quelle fonction?

Les Archives du Calvados conservent plusieurs ensembles particulièrement utiles pour ce type d’enquête. Les dossiers de reconstruction par îlot ou par unité de chantier, comprenant des plans, des photographies et des devis techniques, sont regroupés sous les versements 1545W et 1554W. Ce sont des fonds précieux pour comprendre la manière dont un groupe de bâtiments a été conçu, financé et exécuté.

Le versement 1494W rassemble quant à lui les dossiers d’élaboration, d’approbation et de contrôle des plans d’aménagement et de reconstruction des bâtiments détruits. Ces documents peuvent éclairer la décision urbaine: tracé d’une rue, regroupement de parcelles, modification d’un alignement ou organisation d’un îlot.

Le fonds d’architectes coté 86J apporte une autre perspective. Il permet de retrouver la logique de conception et de suivre le travail du cabinet de Pierre Dureuil et de Léon Rême. Selon les documents conservés, on peut y rencontrer des plans, des pièces de travail ou des éléments qui replacent une maison dans le projet plus large de la ville.

Enfin, les dossiers de déclaration des dommages de guerre renseignent sur l’état des propriétés avant leur destruction. Le versement 923W concerne notamment les commerces et les industries. Il ne faut donc pas l’aborder comme un simple registre de bâtiments: il peut révéler la nature de l’activité exercée, l’importance des locaux et la situation de la propriété avant 1944.

Les principales cotes à garder sous la main

Ensemble documentaireCe qu’il peut apporterPoint de vigilance
86JFonds du cabinet de Pierre Dureuil et de Léon Rême, architectes de la ReconstructionIl s’agit d’un fonds professionnel, pas d’un répertoire automatique de toutes les maisons
1545W et 1554WDossiers de reconstruction par îlot ou unité de chantier, avec plans, photographies et devisLa recherche passe par l’identification de l’îlot ou du chantier
1494WÉlaboration, approbation et contrôle des plans d’aménagement et de reconstructionCes dossiers éclairent la décision urbaine autant que le bâtiment lui-même
1044W et 1558WPermis de construire délivrés pendant la période de la ReconstructionLes inventaires sont consultables sur support papier en salle de lecture
923WDéclarations de dommages de guerre pour des commerces et industriesLe versement renseigne surtout sur l’état antérieur et l’activité des propriétés

La période couverte par les permis de construire s’étend de 1944 à 1964. Cette amplitude est utile, car elle permet de ne pas réduire la Reconstruction aux seules années immédiatement postérieures à la guerre. Certains travaux, extensions ou régularisations ont pu intervenir alors que le grand chantier urbain était déjà engagé.

En revanche, il serait trompeur de présenter ces fonds comme une base de données numérisée où chaque adresse livrerait instantanément son plan. Les inventaires des permis de construire des versements 1044W et 1558W ne sont pas accessibles sous la forme d’une recherche en ligne: ils sont consultables sur papier en salle de lecture. De même, les plans individuels de toutes les maisons ne sont pas nécessairement numérisés et directement consultables sur Internet.

Cette réalité n’est pas un obstacle définitif; elle modifie simplement la méthode. Une recherche sérieuse se prépare avant le déplacement, puis se poursuit avec les instruments de recherche et l’aide des agents en salle. Les archives sont plus efficaces lorsque nous arrivons avec une adresse, une période, un nom et une hypothèse à vérifier.

Du plan de la ville au dossier de votre maison

La notion d’îlot est l’un des repères les plus importants. Dans une ville reconstruite, le bâtiment n’est pas toujours traité comme une unité isolée. Les propriétaires sinistrés, les architectes, les entreprises et les services administratifs travaillent à l’échelle d’ensembles cohérents. Le plan d’un îlot peut donc expliquer des éléments qui restent incompréhensibles lorsqu’on ne regarde que la façade.

Un changement d’alignement, par exemple, peut avoir entraîné le déplacement de la maison par rapport à son emplacement ancien. Une parcelle étroite peut avoir été regroupée avec sa voisine. Une cour auparavant profonde peut avoir été réduite ou réorganisée. La largeur actuelle de la rue et la position de la façade peuvent être le résultat d’une décision prise dans le plan de reconstruction plutôt que d’un choix individuel du propriétaire.

Nous pouvons alors suivre un parcours en plusieurs étapes:

1. Repérer le bâtiment dans son environnement immédiat.

Photographier la façade, les maisons contiguës, les angles de rue et les accès secondaires. Le but n’est pas seulement de documenter la maison, mais de comprendre son inscription dans l’îlot.

2. Comparer les formes voisines.

Une même hauteur d’égout, un rythme de fenêtres comparable ou des rez-de-chaussée commerciaux alignés peuvent signaler une campagne de chantier commune. À l’inverse, une rupture de hauteur ou de matériau peut indiquer une construction différente.

3. Identifier les traces de l’ancienne parcelle.

Une différence de largeur, un joint vertical, une porte condamnée ou une cour décalée peuvent conserver la mémoire d’un découpage antérieur. Ces indices doivent rester des hypothèses tant qu’ils ne sont pas confrontés aux plans.

4. Rechercher l’îlot ou l’unité de chantier.

Les dossiers cotés 1545W et 1554W sont particulièrement importants à ce stade. Ils peuvent réunir plusieurs bâtiments et faire apparaître les liens entre la maison, ses voisines et les aménagements de voirie.

5. Vérifier avec les permis et les plans approuvés.

Les versements 1044W et 1558W permettent d’examiner la partie administrative des travaux, tandis que le versement 1494W éclaire l’élaboration et le contrôle des plans de reconstruction.

6. Confronter les documents au bâtiment actuel.

Une maison peut avoir été modifiée depuis sa construction: vitrines remplacées, lucarnes transformées, ouvertures murées, enduits refaits, garages ajoutés. Le plan retrouvé décrit un état donné; il ne faut pas lui demander de rendre compte automatiquement de chaque détail présent aujourd’hui.

Cette dernière étape est souvent la plus instructive. Elle permet de distinguer ce qui relève du projet initial et ce qui appartient aux évolutions ultérieures. Une baie plus large que sur le dessin peut signaler une transformation commerciale. Une dépendance absente du plan originel peut avoir été ajoutée plus tard. Une façade entièrement ravalée peut masquer des matériaux ou des détails de la première construction.

La comparaison avec des photographies anciennes est alors très utile. Les dossiers de reconstruction peuvent en contenir, mais les archives privées, les albums familiaux et les collections locales jouent également un rôle important. Une photographie prise devant un commerce ne montre pas seulement une famille ou une enseigne: elle peut révéler la largeur d’une vitrine, le dessin d’une menuiserie, une clôture disparue ou la relation entre deux bâtiments.

Il faut néanmoins respecter une règle de prudence: une ressemblance entre deux façades ne suffit pas à attribuer un même architecte ou une même date. Dans une reconstruction planifiée, des solutions proches peuvent être répétées par nécessité urbaine ou technique. Le document d’archive doit confirmer ce que l’observation suggère.

Le plan retrouvé n’est pas une photographie du passé: c’est la trace d’un projet, qu’il faut confronter aux transformations du bâtiment.

Les associations syndicales et la mémoire des propriétaires sinistrés

La Reconstruction ne s’est pas faite uniquement depuis les bureaux des architectes et des administrations. Elle a aussi reposé sur les propriétaires dont les biens avaient été détruits ou endommagés. La loi du 16 juin 1948 organise la formation des associations syndicales de reconstruction, les ASR, chargées de représenter les propriétaires sinistrés dans les opérations.

Ces associations constituent une source essentielle pour comprendre la dimension collective du chantier. Elles peuvent contenir des dossiers d’adhérents, des échanges administratifs et des éléments relatifs aux dommages déclarés, aux droits des propriétaires ou à la reconstruction des biens. Elles donnent à voir un aspect que les plans seuls ne montrent pas: la manière dont les habitants ont été intégrés à une opération conduite à l’échelle de la commune.

Pour une maison précise, le dossier d’ASR peut aider à répondre à plusieurs questions:

  • qui était propriétaire du bien avant ou après la destruction;
  • quelle était la nature de la propriété déclarée;
  • quelles pertes avaient été reconnues au titre des dommages de guerre;
  • comment le propriétaire était représenté dans l’opération collective;
  • quelles difficultés ont pu accompagner la reconstruction;
  • si le bâtiment relevait d’un projet groupé ou d’une démarche distincte.

Les cotes spécifiques de l’association syndicale de reconstruction propre à Villers-Bocage ne sont pas détaillées individuellement dans les inventaires en ligne. Il est donc préférable de ne pas partir avec une référence supposée. La démarche la plus sûre consiste à présenter aux Archives du Calvados les informations déjà réunies sur la maison et à demander l’orientation vers les fonds d’ASR correspondant à la commune ou au secteur concerné.

Les déclarations de dommages de guerre complètent cette recherche. Elles peuvent documenter l’état d’une propriété avant sa destruction, notamment lorsqu’il s’agissait d’un commerce ou d’une activité industrielle. Le versement 923W est à cet égard un point de départ pertinent pour les immeubles qui combinaient logement et activité professionnelle.

Cette distinction entre le bâtiment avant 1944 et le bâtiment reconstruit est fondamentale. Une maison actuelle peut occuper une parcelle ancienne tout en présentant une organisation entièrement nouvelle. Le nom du commerce, la profession du propriétaire ou la fonction du rez-de-chaussée peuvent avoir survécu, mais la structure bâtie, elle, peut avoir été repensée.

La mémoire familiale apporte ici des renseignements irremplaçables: actes de propriété, courriers, factures, photographies, plans conservés dans une armoire, récits liés au relogement ou à la remise des clés. Ces documents ne remplacent pas les archives publiques, mais ils permettent souvent d’orienter la recherche vers un nom, une date ou une activité que les dossiers administratifs ne rendent pas immédiatement visible.

Il faut toutefois les lire avec la même attention critique que les autres sources. Une photographie peut être datée approximativement. Un souvenir peut mélanger deux adresses ou deux générations de travaux. Un plan conservé dans une famille peut correspondre à un projet non réalisé. La confrontation des documents ne diminue pas leur valeur; elle permet de mieux comprendre ce qu’ils disent réellement.

Lire une maison reconstruite sans effacer ce qui existait avant

La Reconstruction de Villers-Bocage ne doit pas être racontée comme un remplacement pur et simple du passé par une architecture nouvelle. La ville actuelle est faite de superpositions. Il y a le parcellaire ancien, les destructions de 1944, le plan établi à partir de 1947, les chantiers des années suivantes, puis les transformations apportées par les habitants et les activités locales.

Cette superposition explique pourquoi l’étude d’une maison doit associer histoire urbaine et histoire familiale. La façade raconte les règles de composition du nouvel ensemble. Le plan raconte le projet. Le dossier de dommages de guerre rappelle la situation antérieure. Les documents de propriété et les photographies rendent leur place aux habitants qui ont porté la reconstruction dans la durée.

Le patrimoine bâti de Villers-Bocage ne se limite donc pas aux éléments les plus anciens ou aux formes traditionnellement associées au bocage normand, comme les colombages. La ville reconstruite possède une valeur historique propre, liée à la période, aux matériaux, aux techniques, aux choix d’alignement et à l’effort collectif qui a permis son retour à la vie.

Le label « Patrimoine de la Reconstruction en Normandie », attribué officiellement à Villers-Bocage en juin 2025, avec Cahagnes et Vire Normandie, vient reconnaître cette dimension. Il ne transforme pas chaque maison en monument historique et ne signifie pas que tous les bâtiments bénéficient du même niveau de protection. Il donne en revanche une visibilité nouvelle à un patrimoine longtemps regardé comme ordinaire parce qu’il appartient encore au quotidien.

Ce point mérite d’être souligné: une maison de la Reconstruction reste un lieu habité, travaillé, transformé. Sa valeur ne dépend pas d’un état figé. Elle tient à la compréhension de son origine et à la manière dont elle continue de participer à la ville. Une devanture modifiée, une isolation ajoutée ou une couverture remplacée ne supprime pas nécessairement l’intérêt historique du bâtiment; ces changements font aussi partie de son histoire récente, à condition de pouvoir distinguer les phases.

Pour les propriétaires qui souhaitent engager des travaux, la recherche historique peut donc avoir une utilité très concrète. Elle aide à retrouver les proportions initiales d’une façade, à comprendre la position des ouvertures ou à éviter une restauration fondée sur une apparence supposée ancienne. Elle permet également de choisir avec plus de justesse les éléments à conserver lorsque le bâtiment a été remanié.

La prudence reste de mise: un plan d’archives n’est pas automatiquement une prescription de restauration. Il faut tenir compte de l’état actuel de la construction, des contraintes techniques et des règles applicables au projet. Mais connaître l’histoire du bâtiment donne une base plus solide pour dialoguer avec les professionnels et pour inscrire les travaux dans la continuité du patrimoine local.

Préparer une recherche efficace depuis Villers-Bocage

Avant de consulter les fonds, nous pouvons organiser les informations selon trois niveaux: le bâtiment, la parcelle et l’opération de reconstruction. Cette méthode évite de chercher uniquement une « maison » alors que les archives ont souvent conservé un « îlot », une « unité de chantier » ou un dossier au nom d’un propriétaire.

Le bâtiment

Commencez par décrire ce qui est visible aujourd’hui. Notez le nombre de niveaux, la largeur approximative de la façade, la position des entrées, la présence d’un commerce, les matériaux apparents et les transformations repérables. Les photographies doivent montrer l’ensemble de la façade, mais aussi les détails qui peuvent aider à la comparaison avec un plan.

La parcelle

Cherchez les indices de l’ancienne organisation: largeur inhabituelle, passage latéral, cour intérieure, bâtiment secondaire, mitoyenneté particulière. Les plans cadastraux ou les actes de propriété détenus par la famille peuvent être utiles, même lorsqu’ils ne donnent pas directement accès au projet de Reconstruction.

L’opération

Rassemblez les noms et les dates. Un propriétaire, une entreprise, un architecte ou une activité commerciale peuvent devenir la clé d’entrée vers les dossiers. La période 1944-1964 est suffisamment large pour englober les permis et les travaux liés à la reconstruction; les dates de 1947, 1948, 1949 et 1960 servent de repères pour replacer chaque document dans la chronologie générale.

Une demande bien préparée peut ainsi prendre la forme suivante: retrouver les documents relatifs à une maison située dans telle rue, occupée avant guerre par tel commerce, reconstruite après les dommages de 1944, probablement intégrée à un îlot déterminé, et rechercher notamment un plan, un permis ou un dossier de propriétaire. Cette formulation est plus exploitable qu’une demande limitée à l’adresse actuelle.

Il faut aussi accepter qu’une recherche ne produise pas toujours le plan exact de la maison. Les documents peuvent être incomplets, classés à une autre échelle ou conservés sous une forme non numérisée. Dans ce cas, les plans voisins, les dossiers d’îlot, les photographies et les documents administratifs peuvent tout de même permettre de reconstituer l’histoire du bâtiment avec précision.

La recherche historique d’une maison de la Reconstruction à Villers-Bocage demande donc du temps, mais elle n’exige pas de disposer dès le départ d’un dossier familial exceptionnel. Une adresse, quelques photographies, un nom et une observation attentive de la rue constituent souvent un premier ensemble d’indices suffisant pour commencer.

Un patrimoine à parcourir, pas seulement à consulter

Le meilleur document d’archive ne dispense jamais de regarder la ville. À Villers-Bocage, les plans prennent leur sens lorsque nous les confrontons aux rues, aux alignements et aux volumes encore présents. Depuis la rue Pasteur et l’îlot A, où la première pierre fut posée le 7 mars 1948, jusqu’à l’hôtel de ville inauguré le 8 juillet 1960, la Reconstruction se découvre comme une succession de décisions inscrites dans l’espace.

En parcourant un quartier, nous pouvons relever les façades qui semblent appartenir à une même campagne, les changements de gabarit, les rez-de-chaussée commerciaux et les traces de parcelles anciennes. Cette lecture ne remplace pas l’archive; elle prépare les bonnes questions. Elle permet aussi de comprendre que le patrimoine de la Reconstruction n’est pas séparé de la vie actuelle de la commune: il forme le cadre quotidien du commerce, de l’habitat et des déplacements.

Le label obtenu en 2025 donne une reconnaissance à cette histoire, mais la connaissance du patrimoine ne repose pas seulement sur une distinction officielle. Elle se construit par les archives municipales et départementales, par les fonds privés, par les témoignages, et par l’attention portée aux bâtiments ordinaires. Une maison sans inscription spectaculaire peut conserver la trace d’un projet urbain majeur.

Retrouver ses plans, c’est finalement retrouver une chaîne de décisions: la parcelle avant 1944, le dommage de guerre, le propriétaire sinistré, l’îlot, l’architecte, le permis, le chantier et les adaptations successives. À Villers-Bocage, cette chaîne relie directement la mémoire de la Seconde Guerre mondiale à la ville que nous habitons aujourd’hui.

La bonne porte d’entrée reste donc celle du terrain: observez la façade, notez les voisins, rassemblez les noms et les dates, puis orientez la recherche vers les fonds adaptés. Les Archives du Calvados ne livrent pas toujours une réponse immédiate, mais elles permettent, dossier après dossier, de rendre à chaque maison sa place dans l’histoire de la reconstruction de Villers-Bocage.

Questions fréquentes

Où puis-je trouver les plans de ma maison de la Reconstruction ?
Les documents sont conservés aux Archives départementales du Calvados. Il faut consulter les fonds relatifs aux îlots, aux unités de chantier (versements 1545W et 1554W), aux permis de construire ou aux fonds d'architectes comme celui de Pierre Dureuil (cote 86J).
Pourquoi ne puis-je pas trouver les plans de ma maison en ligne ?
Les inventaires des permis de construire et les plans individuels ne sont pas tous numérisés. La recherche nécessite souvent une consultation sur support papier en salle de lecture aux Archives départementales.
Quelles informations dois-je préparer avant de consulter les archives ?
Il est conseillé de constituer une fiche avec l'adresse, le nom des propriétaires après 1944, la fonction du bâtiment, les dates connues, ainsi que des photographies de la façade et des bâtiments voisins pour identifier l'îlot ou l'unité de chantier.
Comment savoir si ma maison fait partie d'un projet de reconstruction ?
L'appartenance à la Reconstruction se reconnaît par une façade régulière, une implantation alignée sur la rue et une intégration dans un îlot cohérent. Vous pouvez confirmer cette origine en consultant les dossiers d'aménagement et de reconstruction (versement 1494W).
Les dossiers de dommages de guerre sont-ils utiles pour l'histoire de ma maison ?
Oui, ils permettent de connaître l'état de la propriété avant 1944, la nature de l'activité exercée et l'importance des locaux, ce qui aide à distinguer l'organisation ancienne de la structure reconstruite.